Rencontre avec Joseph Morder

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Lors de la 5ème édition du festival Pocket Films, Joseph Morder présente en avant-première son dernier film tourné avec un téléphone mobile. Entre deux séances de montage au sein du Forum des images, il répond à nos questions.


Pocket Films : Comment vous est venue l’idée de faire un film avec un téléphone mobile ?

Joseph Morder : J’ai été contacté pour le premier festival en 2005, par Benoît Labourdette. Je n’avais pas de téléphone portable et à cette époque je ne voulais pas en avoir un. C’était une grande première pour moi. Mais la prise en main de l’outil téléphone-caméra ne m’a posé aucun problème, c’est très simple à l’utilisation. Avec le téléphone prêté par l’équipe de Pocket Films, j’ai réalisé un court-métrage, L’Insupportable. J’ai été recontacté en 2007, j’y ai vu l’occasion de tenter l’aventure du long métrage. Je souhaitais expérimenter la rencontre entre le format spécifique du téléphone mobile et la durée du long métrage. J’avais dans l’idée de faire un journal filmé dans le prolongement du travail commencé dès mes débuts en 1967 lorsque ma mère m’a offert pour mes 18 ans une caméra Super 8. Le pocket film de 2007 était l’occasion de créer la rencontre entre la forme du journal intime et celle du téléphone-caméra. Il me semble que la forme du journal intime est l’une des plus appropriées au téléphone mobile. C’est ainsi qu’est né J’aimerais partager le printemps avec quelqu’un.


Quelles sont, pour vous, les spécificités du téléphone mobile en tant que caméra, en tant qu’outil de création artistique ?

Chaque format a ses spécificités qui n’existent pas dans un autre format. Le téléphone portable est caractérisé par sa légèreté, la taille de la caméra qui fait que personne ne s’aperçoit que vous êtes en train de faire un film. J’avais la plus grande liberté qui soit : j’allais dans un lieu, je filmais et on me prenait pour un touriste qui prend des photos. C’est un outil qui est généralisé alors que la caméra incite les gens à penser que vous faites quelque chose d’un peu particulier. Le téléphone mobile me rappelle beaucoup mes débuts en Super 8 avec lequel j’ai commencé à filmer et que je continue à utiliser. Je retrouve ce côté d’un format en pleine croissance, un format qui se trouverait entre l’enfance et l’âge adulte. C’est à dire l’adolescence, où le corps se transforme où tout est possible. Il a des défauts, des choses qui ne sont pas au point mais ce sont ces choses là qui m’intéressent. Le Super 8 est un outil qui n’a jamais été au point et cela explique mon attachement particulier pour ce format. Le parti pris de J’aimerais partager le printemps avec quelqu’un est : moi qui découvre l’outil téléphone-caméra, toutes ses caractéristiques au point et pas au point. Je m’en sers comme des éléments possibles pour ajouter quelques couleurs au langage cinématographique. Pour moi, il est essentiel de prendre en compte la spécificité du téléphone mobile dans son format, ses caractéristiques, ses défauts.


Comment s’inscrit le téléphone mobile vidéo dans votre propre travail artistique ?

J’évoque toujours mon parcours artistique sous la forme d’un itinéraire. Le film avec téléphone portable en est l’une des étapes. Je filme beaucoup. Si je ne filme pas tout le temps, c’est pour une bonne raison : ne pas me perdre. J’ai fini par acheter un téléphone portable pour mon usage personnel mais il ne fait pas d’images. Ce serait trop facile, une tentation permanente. Depuis le début, quelque soit le film que je réalise, j’ai la même innocence, le même enthousiasme que le premier jour. Le téléphone-caméra me rappelle mes débuts avec le Super 8 où je n’avais pas vraiment conscience de ce que je faisais, je plongeais dedans. C’est exactement ce que j’ai fait avec J’aimerais partager le printemps avec quelqu’un, le sujet du film étant la découverte d’un outil. Le téléphone portable me permet de renouveler cet enthousiasme en me servant de ce que j’ai appris avant. Je retrouve la fraîcheur des débuts, tout en étant conscient de l’expérience que j’ai acquise. Cela marche aussi dans les deux sens : mon expérience avec le téléphone mobile m’aide dans la réalisation des films en Super 8, en 35mm, par exemple pour le travail avec les comédiens, l’image… J’apprends à chaque instant : comment utiliser les autres formats, comment m’en servir… Il ne s’agit pas d’un recommencement, je considère plus cela comme une remise en question.


Que préparez-vous pour cette 5ème édition ?

Cette année je voulais interroger la fiction en elle-même. Mes films sont tous, quelque part, de la fiction, tout est mis en scène même dans le documentaire. Je ne crois pas à la réalité au cinéma, c’est une apparence. Ce qui est réel se sont les sentiments, et c’est pour cela que j’ai voulu faire du cinéma. Le film de l’édition 2009 est une fiction plus assumée et en même temps reliée à la spécificité du langage du téléphone mobile. J’ai créé une fiction qui n’est pas une fiction classique, académique. J’essaye de voir comment raconter une histoire avec les moyens du téléphone portable et avec les moyens qui sont les miens. Je m’interroge sur la fiction, sur l’écran large : le film est en 16/9ème et cette fois l’image est quasiment parfaite, grâce à l’avancée technologique très rapide de ce secteur. Il y a toujours des défauts, heureusement.


Que vous apporte la collaboration avec l’équipe de Pocket Films ?

Je fais parfois des films tournés-montés mais les trois films que j’ai fait pour le festival sont des films montés. L’équipe de pocket films m’apporte un soutien technique. En ce moment, je réalise le montage du pocket film de 2009 depuis le Forum des images en collaboration avec Kamel, technicien de l’équipe Pocket Films. Au montage l’important pour moi est qu’il y ait toujours un regard extérieur.


Qu’avez-vous retenu de cette expérience ?

J’aimerais partager le printemps avec quelqu’un a eu un cheminement très spécial puisqu’il est sorti en salles. Ce fut, en France, le premier film tourné avec un téléphone portable à sortir en salle. La rencontre avec le public a été passionnante. Je n’ai qu’une ambition : faire le meilleur film possible pour un public le plus large possible. Faire du cinéma c’est faire du spectacle. Mon journal intime est - comme son nom l’indique -un film qui n’est destiné qu’à moi et à mes proches. Les trois pocket films sont des spectacles et c’est pour cela que je suis très heureux que J’aimerais partager le printemps avec quelqu’un soit sorti en salle. Réaliser un spectacle qui touche le plus large public possible, c’était mon but rêvé. Il a eu lieu.

Quand rencontrer Joseph Morder pendant l’édition 2009

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