Mes voyages de Takako Yabuki

// Points de vue

« Tokyo », « Paris », « Tourcoing », « Yokohama », « Calais », « Lille ». Des destinations, celles de l’artiste YABUKI Takako et de son téléphone. Car celle qui l’a porté le dit bien : « Le téléphone a voyagé partout avec moi. ». Le téléphone, compagnie active ? Il est certain qu’il est ici réceptacle d’impressions, comme un journal intime. Il voit ce qu’elle voit, il recueille, par le texte, mais aussi par les images, ce qu’elle sent et ce qu’elle parvient à dire. Sur la façade d’une maison de Tourcoing, Takako Yabuki déclare : « Je vais bien. ». Mais à Okayama, peut-être, elle s’interroge : « Parfois je me demande ce que je fais... », « Si loin », « Si loin ». Image récurrente du voyage, elle filme des voitures enfermées dans un tunnel aux lumières néons et phares. Passage oui, mais passage sous terre, agressif et sourd, sans paysage. Au fur et à mesure des destinations se dégage une sorte de mélancolie, également exprimée au-delà des mots et des images par une musique répétitive qui semble compter une durée. Changement de lieu, changement d’humeur et d’état d’âme exprimés par une paradoxale constance sonore.

Le compagnon fidèle qu’est le téléphone met en évidence la solitude de la voyageuse et son besoin de comprendre, par le hasard des vues prises et conservées, ce qu’elle fait, le sens de ses mouvements, de corps et d’esprit. Il est alors l’autre personne du dialogue, celui qui, comme la page blanche, autorise à parler tout seul, sans avoir l’impression de l’être. Fidèle aussi dans sa capacité à retranscrire la singularité du regard. Prolongement du corps ou compagnie ? Le téléphone est-il l’autre ou l’appareil simplement enregistreur d’un certain moi ?

Il garde en mémoire mais reste l’instrument d’une recherche perpétuelle. Il est donc davantage mouvement que fixation. De « Mes voyages », on gardera le souvenir d’une voix inaudible mais bien réelle : mélancolique, elle dit le bien-être comme le doute, elle regarde la beauté d’un ciel nuageux et la grisaille d’un tunnel encombré de lumières tristes.

Dorothée Cuny

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