Comme un film Lumière

// Points de vue

Dans cet hommage explicite au film des Lumière de 1895, L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat , Pascal Delé dit le temps qui passe et les changements que son irréductible marche opèrent. Voici donc ce quai de gare, ce plan fixe guettant dans la profondeur de champ l’arrivée du cheval de fer... « mais avec du son »... et « en couleur ». L’image a changé, les trains aussi : celui-ci arrive à toute vitesse, occupe le cadre, envahit la bande sonore puis disparaît, laissant derrière lui une sorte de vide. La première image est aussi la dernière. Retour au calme, les patients voyageurs monteront peut-être dans le prochain.

Il y a 110 ans, les spectateurs du film des frères Lumière avaient pris peur devant les images de ce train qui arrivait sur eux. Poussant des cris effrayés, ils s’étaient reculés physiquement dans la salle. On mesure alors la puissance du cinéma, sa faculté de reproduire la réalité. Aujourd’hui, les images animées n’ont évidemment plus cette valeur d’évènement. Elles sont là, autour de nous, se laissant regarder, modifier, transporter, enregistrer à loisir. Avec l’arrivée du téléphone vidéo, cette omniprésence de l’image est certainement renforcée. Une habitude s’est installée mais si l’on ne s’effraie plus devant la représentation d’un train en marche, le pouvoir des images est toujours bien réel. Il se manifeste désormais sous d’autres formes.

« Comme un film Lumière » semble nous souffler à l’oreille que l’image obtenue avec le téléphone mobile, d’une qualité si mauvaise, a peut-être tout à voir avec son ancêtre de 1895... A l’heure où la HD précise l’image au point d’en soustraire les reliefs, le portable, lui, se souvient...

Dorothée Cuny

Voir Comme un film Lumière

IMG/flv/comme_un_film_lumiere.flv