La pratique de la vidéo mobile

// Réflexions

Retranscription de la table ronde La pratique de la vidéo mobile qui a eu lieu le Samedi 8 octobre 2005 à 15h15 lors de la premiére édition du festival Pocket Films.

Avec Christophe Rollo, Héléna Villovitch, Claire Dixsaut, Jan Peters et Frédéric Moneger.

L. Herzsberg

Bienvenue au Festival Pocket Films consacrés à tous les usages du téléphone mobile. Nous sommes content de vous voir là, parce que vous êtes les pionniers. Si vous vous intéressez à la pratique de la téléphonie mobile, ça veut dire que ce festival a quand même un sens, qu’il y a des gens qui se demandent qu’est-ce qu’on peut créer avec ça. Et c’est un petit peu ces questions - qu’est-ce qu’on peut créer, comment on le fait, comment on répond à toutes les questions techniques qui se posent... qui vont faire l’objet de cette table ronde, avec des gens qui ont déjà expérimenté cet outil.

A ma droite, la modératrice de cette table ronde, Claire Dixsaut, qui est journaliste, rédactrice en chef de la gazette des scénaristes, qui a une longue expérience de production audiovisuelle dont les deux dernières années sur la production pour téléphone mobile après être venue du multimédia. On voit bien la filiation : l’audiovisuel, le multimédia, le téléphone mobile...

C’est donc Claire qui animera cette table ronde.

Christophe Rollo, qui est lui un cinéaste, qui a tourné avec un téléphone mobile. Son film, Cycle de nuit, est dans la sélection des films présenté pendant le festival. Il a été un des premiers à répondre à notre demande.

Aux côtés de Christophe, Jan Peters et Héléna Villovitch, qui ont tourné un film ensemble. Un film retenu dans la compétition officielle, que vous avez peut-être déjà vu, hier ou que vous verrez aujourd’hui à 16h, qui s’appelle Where are you. Jan et Héléna sont cinéastes. Héléna vous êtes aussi écrivain. Je crois Christophe que vous êtes documentariste et prof de cinéma. Des artistes provenant donc d’univers très variés. C’est aussi cette variété qui nous intéressait pour le festival. Et à côté de ces créateurs, il y a enfin Frédéric Monéger, un technicien pour nous aider à répondre à toutes les questions pratiques. Frédéric est responsable des services pilotes chez SFR.

Je laisse maintenant la parole à Claire.

C. Dixsaut

Merci à tous d’être venus si nombreux pour parler de la pratique de la vidéo mobile. L’orientation de ce débat va porter plus concrètement sur la création.. A savoir comment faire pour recevoir de la vidéo sur son téléphone mobile, comment faire pour filmer soi-même, comment faire pour créer, pour être dans une démarche artistique avec l’outil de téléphonie.

Pour lancer ce débat, j’aimerais proposer à chacun des invités de nous parler de sa première rencontre avec l’outil de vidéo sur le téléphone mobile. Que ce soit une approche de création, une approche de technologie... Il est vrai que la vidéo sur téléphone mobile ne date pas forcément qu’hier mais tester la vidéo sur mobile ne s’est pas nécessairement fait de façon naturelle pour des gens habitués à un autre média. J’aimerais donc demander à chacun : comment s’est fait votre première rencontre avec la vidéo sur mobile.

Le premier contact avec le téléphone mobile vidéo

C. Rollo

Ma première rencontre avec le téléphone mobile s’est faite via une proposition qui m’a a été faite dans le cadre de la préparation de ce festival. On m’a prêté un téléphone, et donné toute latitude de choix de sujet, format, durée... Au départ je n’avais pas une idée toute à fait claire de ce que j’allais pouvoir faire puisque je ne connaissais pas encore les possibilités de cet outil. Après quelques essais, si je résume rapidement ma première impression, j’ai été plutôt déçu par le rendu, d’un point de vue de l’image, de sa précision, du piqué, etc... Je n’étais donc pas forcément très décidé à pouvoir écrire quelque chose avec ça. Mais j’ai quand même essayé de faire tout de suite un petit exercice qui m’a amené à faire Cycle de nuit sur une bande son que j’ai choisie, et en découvrant un petit peu plus l’appareil, notamment ses possibilités de tournage en basse lumière - il propose un mode nocturne - de travailler sur la lumière en vie urbaine. C’est un exercice que j’ai mené à Paris, ce qui était plus simple pour moi. J’ai fait un certain nombre d’images photographiques uniquement, avec cet appareil, que j’ai par la suite montées et je me suis pris au jeu de travailler sur la lumière, avec les vitesses, en fonction de mes déplacements. Je me déplaçais en voiture, en moto, à pied, etc... Et je me suis amusé à jouer de manière graphique avec cet appareil pour rendre compte d’une atmosphère nocturne dans la vie parisienne. Bon, le résultat est ce qu’il est. Je l’ai monté relativement rapidement sur un logiciel professionnel, très connu maintenant, Final Cut pour le citer. Pour résumé, j’ai finalement eu une approche qui n’était pas forcément positive, car j’ai plutôt l’habitude d’avoir une bonne caméra numérique qui répond très bien d’un point de vue de l’optique et de la sensibilité, pour faire des sujets plutôt documentaires. Mais dans cette expérience, je me suis concentré sur autre chose que ce que finalement j’avais l’habitude de faire. Et j’ai été progressivement séduit par son utilisation. D’ailleurs, juste après cet exercice - je l’ai pris comme un exercice, car je suis enseignant - j’ai repris la même bande son, et j’ai fait un film à partir d’images en mouvement et plus seulement de photographies, mais en mélangeant le support de la vidéo numérique, la photographie avec un appareil photo numérique, et avec des prises de vue en vidéo avec ce téléphone. C’est un film qui passe aussi dans la séance Nuit, en fin de journée. J’ai essayé d’avoir la même démarche mais cette fois-ci en allant plus loin que le stade photographique. Et je dirais donc qu’au final, mon avis a été positif au terme de l’expérience.

C. Dixsaut

Merci Christophe. Je rappelle juste pour compléter que le deuxième film dont vous parlez s’appelle Impressions : le bénéfice du doute et qu’ il est diffusé pendant le festival pendant la séance La Nuit. Je vais poser la même question à Jan Peters et Héléna Villovitch. Quel a été votre premier contact avec la vidéo sur téléphone mobile ? Je rappelle simplement que Héléna et Jan travaillent ensemble et réalisent ensemble. Ils ont d’ailleurs co-réalisé un film de la sélection qui s’appelle Where are you ?

H. Villovitch

En fait, c’est à moi qu’on a proposé au départ d’utiliser un téléphone... et j’ai proposé à Jan de me rejoindre dans l’affaire. Ca me paraissait très enthousiasmant et très naturel. En fait j’ai une pratique... j’ai plusieurs pratiques artistiques : l’écriture, le cinéma et parfois tout ce qui me passe par la tête, chanter des chansons... N’importe quoi - enfin pas n’importe quoi du tout, mais des choses quotidiennes, ça travaille tous les jours, il n’y a pas un moment où je vais me dire tiens je vais travailler de 9h à midi, j’ai l’impression que je passe mon temps à travailler. C’est donc assez naturel pour moi d’utiliser un téléphone comme instrument de travail. Et en même temps je me disais « tiens ils font des téléphones qui permettent de filmer... c’est normal et bientôt on pourra filmer avec le réfrigérateur aussi que j’utilise pas mal, avec le sèche-cheveux, ça va être bien. ».. Tout ça m’intéresse beaucoup. De plus le téléphone est un moyen de communication et il se trouve que je vis et je travaille avec cet homme, Jan Peters. Et en fait, on vit ensemble à distance, mais vraiment à distance. Depuis 10 ans qu’on est ensemble, on vit à 1000 km l’un de l’autre. Aujourd’hui on est ensemble au même endroit, mais le plus souvent on communique par mail, par téléphone entre autres, un peu trop même... et donc voilà, ça paraissait très naturel. On a demandé 2 téléphones : un pour chacun d’entre nous. Et on a commencé à travailler. Au début d’une manière un peu instinctive, on a appuyé sur les boutons, on a essayé. Jan a lu la notice Pas moi. Chacun sa méthode.

Il y a le côté un peu décevant des images, c’est-à-dire le fait que les images ne sont pas de très bonne qualité... C’est le cas actuellement mais j’imagine bien que chaque semaine dans les laboratoires on rajoute un peu de mémoire, un peu de définition... Pour ma part, au contraire, ce truc-là je le trouve plutôt enthousiasmant. Plus on utilise une technique disons qui donne un résultat spécial, imparfait, plus il faut chercher comment l’utiliser pour arriver à un résultat qui nous convienne à la fin. C’est une contrainte. Moi par exemple, je préférerais travailler avec un piano qui n’a que deux notes... Une petite caméra comme ça, ça m’intéresse beaucoup plus qu’une grosse caméra bêta...

C. Dixsaut

Héléna, quelle était la nature de la commande au départ ?

H. Villovitch

Tout simplement venir chercher un téléphone et c’est tout... Et voir ce qu’on pouvait faire avec. Avec Jan, on s’est ensuite fixé notre propre commande. Ca c’est mis en place.

J. Peters

Ce n’est pas le premier film qu’on fait ensemble. On en a fait plusieurs. Pour Pocket Films, on a travaillé « en correspondance ». On s’envoyait des films. Le film Where are you ? est une sorte de film en correspondance. Je viens plutôt d’une formation « old school », des beaux arts, le cinéma avec une vraie caméra 16 mm et tout ce qu’il y a autour, les banques optiques, etc... Je suis donc arrivé assez tard au numérique. Avec cet appareil, le téléphone vidéo, j’avais l’impression d’être arrivé à la hauteur de ton. En fait, avec Héléna, nous avions déjà à réaliser des fims avec des appareils photos digital numériques, qui permettent de filmer des images en mouvement. La différence avec le portable n’était pas très grande. La vraie différence résidait dans le fait qu’on peut s’envoyer des images en direct partéléphone. Pour moi c’était le plus étonnant et le plus marquant. Le jour où on a reçu nos téléphones, j’étais à Paris. Je lis le manuel, je saute dans le bain et c’est le moment où Héléna m’appelle,depuis la Samaritaine. Je suis donc nu dans mon bain. Avec le Nokia 6630, on ne peut pas en même temps se filmer et regarder ce que l’autre fait... C’est pourquoi si on veut se filmer, il faut tourner l’objectif vers soi-même.. A ce moment-là on montre à tout le monde ce qui est sur le petit écran...

H. Villovitch

Pour toi ce n’était pas gênant, tu étais tout seul...

J. Peters

Mais je savais que tu me montrais moi tout nu...

H. Villovitch

J’étais dans un grand magasin... Et je n’avais pas pensé que pour me montrer, j’avais besoin d’un miroir et je cherchais un miroir et je parlais très fort ! On est parfois idiot quand on a un nouvel appareil... Quand j’utilise mon ancien téléphone, je fais attention de ne pas parler trop fort, mais avec celui-là, je criais : « tu me voies, tu m’entends ? » et je cherchais des miroirs... Et en effet, je montrais à tout le monde l’image de mon homme tout nu. C’était très excitant. Très drôle.

J. Peters A la fin de notre petite correspondance, on a travaillé sur l’idée qu’on peut transmettre des images en direct. Vous allez le découvrir peut-être dans le film...

Aspects techniques : définition, réseau

C. Dixsaut

Je vais poser la même question à Frédéric. Avec forcément un autre angle, mais malgré tout la même question : comment en êtes-vous arrivé à vous occuper de la vidéo sur téléphonie mobile à SFR ?

F. Monéger

Pour ma part, j’ai découvert la vidéo sur le téléphone mobile en 2001. L’exercice artistique que vous avez fait vous est neuf d’aujourd’hui... Mais la technologie permettait déjà de faire un certain nombre de choses dès 2001. Bien entendu, on n’avait pas à ce moment là ni des téléphones ni une technologie réseau qui permettait de transmettre les images. C’est vrai que c’est un des points de différence fondamentale entre d’un côté un appareil photo numérique et de l’autre côté un appareil photo embarqué dans un téléphone. Ce caractère de communication qu’on peut activer instantanément après la prise de cliché ou le tournage d’une séquence vidéo. Notre approche de la vidéo sur le téléphone mobile, dès cette époque -là, s’est traduite par deux pistes de travail : la première c’est celle de la communication interpersonnelle. Celle qui justifie la téléphonie mobile au fond, puisque l’intérêt du téléphone mobile est bien de pouvoir s’appeler. Et de pouvoir le faire de partout. L’autre piste qu’on a suivi aussi dès cette époque-là, c’est celle des contenus vidéo qu’on consomme via un écran particulier qui est celui du téléphone mobile. Dès 2001 on a travaillé pour expérimenter des offres complètes de contenu, d’ « infotainment » au sens large. Du sport jusqu’à la musique jusqu’au cinéma et ainsi de suite. C’est vrai que l’expérience qu’on pouvait connaître en tant qu’utilisateur de cet écran particulier dans ce contexte particulier, à savoir consommer et regarder de la vidéo, était particulièrement dégradé par rapport à celui qui pour nous tous est le référent, la télé, où le grand écran du cinéma suivant le type de vidéo qu’on regarde. Il a donc fallu attendre un petit peu pour que l’ensemble de ces contenus rencontre un contexte un peu favorable, avec l’arrivée du réseau mobile de 3ème génération, la 3G, pour que l’expérience utilisateur soit, à la fois lorsque je reçois une vidéo ou que je filme pour l’envoyer, une expérience fluide et agréable en tout point.

C. Dixsaut

Alors justement Frédéric est-ce que je peux vous demander de nous faire un petit état des lieux de la technologie d’aujourd’hui. Admettons que j’ai un téléphone 3G qui me permette de faire la vidéo, concrètement, qu’est-ce que je peux faire, quelle est la durée d’un fichier que je peux envoyer sur le réseau, est-ce qu’il s’agit de téléchargement ou de streaming, quelles sont les contraintes du son, et de l’image, du strict point de vue du réseau et de la technologie embarquée sur l’appareil ?

F. Monéger

Je dirais qu’il y a deux grandes familles de questions. Il y a celles qui relèvent essentiellement du téléphone qui embarque la cellule photo, et celles qui relèvent du réseau et de ses capacités à pouvoir transmettre à ce moment-là des fichiers, des contenus...

Concernant le téléphone et donc les caméras, les cellules photo qui sont embarquées dans les téléphones, il y a encore 1 ou 2 ans, étaient des cellules photo qui permettaient une définition relativement basse. Ca ressemblait plus à des images de webcams par exemple. Une image qui n’avait pas une définition extraordinaire. On arrive aujourd’hui à des téléphones qui vont avoir des cellules photos d’un mégapixels voire 2 prochainement. Le standard de définition qu’ont les premiers appareils photos numériques à 1 ou 2 mégapixels ne date pas d’il n’y a si longtemps. Du coup on a aujourd’hui une miniaturisation suffisamment importante, une élégance de la technologie qui s’est accrue et qui fait que dans des téléphones qui ont une taille tout-à-fait respectable et qui sont des téléphones 3G, on peut avoir des cellules photo qui vont permettre des résolutions qui, sur les entrées de gamme, vont être les plus basses, 176 x et quelques... et on a aujourd’hui des téléphones qui vont être sur du 340 x 220 environ. On a aujourd’hui sur des terminaux du 840 x 480, et même des téléphones qui vont être capables de passer au-dessus et on a des résolutions qui peuvent monter jusqu’à du 1152 x 856. Voilà pour ce qui relève du téléphone en tant que tel, avec des téléphones qui embarquent aussi une double caméra, une double cellule, ce qui permet de ne pas avoir à chercher un miroir pour se filmer. Et qui du coup vous permettent de filmer tout à la fois l’extérieur et vous filmer et d’avoir ce retour vidéo sur l’écran. Et ne pas montrer son homme tout nu à tout le magasin.

H. Villovitch

Mais c’était très rigolo en même temps, parce que des outils tellement parfaits, c’est à la fois intimidant et à la fois moins drôle. Si tout marche déjà tellement bien, si on est persuadé dès le départ qu’on a les outils parfaits pour faire... pour faire quoi ? Je ne sais pas d’ailleurs ce que font les gens...

F. Monéger

C’est vous qui démontrez ce qu’on peut faire...

C. Dixsaut

Je ne suis pas sûre que les téléphones aient déjà atteint la perfection ni le niveau de technologie qu’on voudrait... Je crois qu’on n’est pas encore complètement à un rendu d’image télé... Et je voudrais sortir deux secondes de la définition de l’image pour parler de la pratique du réseau et de l’envoi. Quand Jan et Héléna ont communiqué, ils se sont échangé des fichiers - je vais leur demander par quel moyen après. Si je suis aujourd’hui à Paris et veux envoyer un fichier vidéo, qu’est-ce que le réseau me permet de faire, en terme de durée, de poids, de téléchargement de fichier, et qu’est-ce que je ne peux pas encore faire aujourd’hui ?

F. Monéger

Typiquement le poids du fichier maximum aujourd’hui est d’environ 300 ko.

C. Dixsaut

Ca fait combien de secondes ?

F. Monéger

A 15 images / seconde ça fait 30 secondes.

C. Dixsaut

C’est 30 secondes de vidéo avec du son ?

F. Monéger

Tout-à-fait..

C. Dixsaut

Et donc ça je peux l’envoyer et le recevoir ? Les téléphones permettent le téléchargement de fichier ?

F. Monéger

Pour l’envoi d’une vidéo, le moyen le plus adéquat c’est le MMS. Et donc la seule contrainte que vous ayez, c’est que le téléphone qui envoie doit le permettre (mais aujourd’hui 40% de notre parc sont compatibles MMS). Pour recevoir une vidéo, il faut avoir aussi un téléphone compatible MMS et qui embarque un petit lecteur vidéo, lecteur multimédia, pour jouer le fichier qui vous a été envoyé.

C. Dixsaut

Il faut aussi une certaine capacité pour recevoir les fichiers, un mini-disque dur non ?

F. Monéger

Pas nécessairement. Vous avez une capacité de stockage dans le téléphone qui s’accroît d’année en année, au fur et à mesure que les téléphones sont de plus en plus performants. Cette mémoire interne suffit en principe à pouvoir recevoir un film et le lire. Et si vous êtes très grand consommateur, vous avez la possibilité de pouvoir y adjoindre une carte mémoire, qui peut vous servir à stocker le contenu que vous recevez. Et éventuellement avec des boîtiers ad hoc, les récupérer sur un ordinateur et permettre le montage.

C. Dixsaut

C’est-à-dire qu’aujourd’hui ce n’est pas plug & play, il me faut une station intermédiaire pour récupérer la vidéo que j’ai sur mon téléphone ?

F. Monéger

Non, c’est un des moyens. L’autre étant d’utiliser simplement le câble qui vous permet de connecter votre ordinateur à votre téléphone. Et enfin, sur un certain nombre de téléphones aujourd’hui vous avez une technologie qui s’appelle bluetooth qui vous permet de faire exactement la même chose qu’avec le câble, mais sans câble.

C. Dixsaut

Et ma dernière question pour l’instant pour vous, sera : ça coûte combien le téléphone qui permet de pas montrer son mari tout nu à toute la Samaritaine ?

F. Monéger

Le prix public TTC doit être aux alentours de 350 ou 370 € je crois, mais je ne m’engage pas là-dessus...

L’écriture

Jan et Héléna : un film en correspondance

C. Dixsaut

C’était juste pour avoir un ordre d’idée. Merci Frédéric. Je voudrais revenir à la collaboration d’Héléna et Jan et je voulais vous demander comment s’est passé, quand vous avez démarré ce projet de co-réalisation et co-création, la génèse du projet et en particulier le travail d’écriture. Est-ce qu’il y a eu une phase d’écriture telle qu’on la connaît dans le scénario, est-ce que ça s’est fait autrement ?

J. Peters

Dans ce projet-là, il n’y avait pas d’écriture, on a tout de suite commencé à essayer en faisant des petites séquences dans le genre journal filmé - regarde ce que je fais aujourd’hui - qu’on envoyait à l’autre. Moi depuis Hambourg et Héléna en France. Nous n’avions pas réussi à envoyer par le téléphone, on a donc continué à faire ce qu’on faisait déjà avant avec notre appareil photo numérique : récupérer les vidéos dans l’ordinateur et les envoyer par e-mail à l’autre.

H. Villovitch

Utiliser le téléphone comme moyen de transmission des vidéos, ça fonctionnait en France, mais pas entre la France et l’Allemagne. Mais il faut avouer qu’on est un peu des diplodocus aussi... quand on trouve un moyen qui marche, on y va comme ça et on ne cherche pas pendant des heures, des jours...

J. Peters

Il faut aussi dire que pour nous c’était un outil trop cher, trop moderne...On est complètement dans le siècle dernier. Nous sommes de pauvres cinéastes expérimentaux, qui travaillions comme des fous. Et ce sont souvent les autres qui profitent ensuite de nos idées.

H. Villovitch

Le principe du cinéma expérimental, c’est d’inventer des nouvelles formes qui sont récupérées 6 mois ou 1 an plus tard par les « vrais » cinéastes qui font des gros films ou les publicitaires etc... Ca nous plaît...

J. Peters

Notre problème alors est qu’on a des ordinateurs trop vieux, on est encore en système 9 (sous Mac), dans l’autre millénaire... Et on ne pouvait donc pas utiliser le système bluetooth, on ne pouvait rien faire.

H. Villovitch

On téléphone à Christophe Atabékian, on lui demande quel câble faut-il acheter, il nous explique, on ne comprend pas bien...

J. Peters

Du coup on va chez Christophe et on récupère notre petit film chez Christophe, sur son ordinateur, car lui il est plus avancé technologiquement.

C. Dixsaut

En même temps, j’ai l’impression peut-être fausse que la technologie de la vidéo sur le téléphone n’est pas une technologie si avancée... Je pense que Frédéric est en train de chercher une arme pour me tirer dessus, mais c’est une technologie qui a encore beaucoup de marge de progression, aussi bien sur l’image que sur le son, sur l’émission, sur la réception... Et n’est-ce pas justement l’approche de cinéaste expérimental, de création expérimentale qui est la bonne pour faire évoluer le média en même temps.

J. Peters

On n’est pas si fermé. Chaque projet a son propre format ou même plusieurs. Pour ce projet, par exemple, la démarche, c’était le format en fait. L’idée c’était, voilà, un téléphone pour vous, faites un film.

H. Villovitch

Et comme d’habitude, le matériel à utiliser nous fixe des contraintes, et une fois qu’on a ces contraintes, on triche évidemment. Par exemple dans notre film, on a aussi utilisé un peu d’autres caméras en fait. Enfin très peu.

C. Dixsaut

Et le sujet de Where are you ?, il s’est imposé par la nature du média ou vous aviez une idée, une envie de traiter un sujet ?

H. Villovitch

C’est très autobiographique, en fait... Toujours dans notre travail, puisqu’on travaille sur le quotidien. On a commencé par faire chacun des petits morceaux, et puis en les mettant ensemble on s’est rendu compte qu’il y avait un dialogue entre nous qui ne fonctionnait pas très bien, en fait... Il y a des moments où ça fonctionne bien, d’autres où ça fonctionne moins bien. Et puis en même temps, on est liés par notre travail artistique, c’est ce qui fait à la fois qu’on s’engueule à longueur de journée et ce qui fait qu’on reste ensemble. Et ça c’est aussi qu’il y a dans le film. C’est un dialogue, on ne fait que se poser des questions, aucun ne répond... C’est tout simple en fait.

J. Peters

Ca parle aussi de l’utilisation du téléphone, portable ou pas, aujourd’hui. A la fin on revient sur un phénomène qui n’existe qu’avec le portable, : si on parle au téléphone en direct, il y a un décalage au niveau du son, et on essaie de chanter un canon avec nous-même qui sommes à l’image...

H. Villovitch

... avec l’écho que fabrique le téléphone.

J. Peters

Avec nos deux téléphones dans l’image, c’est pour ça qu’on ne pouvait pas tourner ça avec le téléphone et qu’on a utilisé aussi une autre caméra pour cette séquence.

H. Villovitch

Pour la fin, on utilise même le larsen qui se passe quand on se téléphone de l’un à l’autre à 2 mètres de distance... C’est pas très intéressant de se téléphoner de si près, mais il se produit ce larsen très intéressant, très joli... avec écho.

C. Dixsaut

Un larsen visuel ?

J. Peters

Un larsen sonore.

H. Villovitch

Visuel et sonore. Et comme nous avons l’habitude de réaliser des films qui parlent aussi du cinéma, on a donc fait un film avec des téléphones qui parle aussi du téléphone.

Le travail sur la lumière

C. Dixsaut

Christophe, de votre côté, comment avez-vous déterminé les sujets des films que vous présentez et comment s’est passé le processus d’écriture : si vous aviez adopté une écriture classique, ou plus une écriture documentaire dans laquelle on pose les sujets et les actions dans la structure et après on va filmer, ou si vous avez développé autre chose ?

C. Rollo

Sur ces deux nuits, j’ai plutôt essayé de faire une sorte d’exercice d’entraînement pendant lequel le thème était plutôt de travailler sur la lumière pour un peu découvrir l’outil. Je suis aussi assez noctambule, j’aime beaucoup écouter la musique la nuit et finalement, c’est ce qui me motivait pour vivre ce premier essai. Donc, pour parler d’écriture, ça se résume uniquement à l’idée de faire des lumières la nuit. Pour aller plus loin sur la question de l’écriture, elle est peut-être venue au montage : j’ai essayé d’organiser finalement quelque chose alors que je ne l ’avais pas pensé du tout puisque je travaillais uniquement sur la lumière nocturne, dans la ville.

Pour le deuxième film, Impressions : le bénéfice du doute, la démarche était d’aller un peu plus loin dans la découverte de l’appareil mais en gardant le même thème. Je viens du cinéma documentaire, je choisis des sujets, des gens, il y a une approche qui est humaine d’abord. Ce que j’ai rajouté, dans le deuxième film, c’était l’introduction de personnages. On m’a d’ailleurs demandé dans quelle catégorie je classais mon film. Je ne savais pas si c’était à la limite quelque chose d’expérimental, ou une fiction... C’est peut-être plutôt une fiction. Pour Impressions : le bénéfice du doute, j’ai donc fictionné l’itinéraire d’un personnage. Dire que j’ai écrit serait un grand mot. J’avais l’idée que le film raconterait l’histoire d’une personne qui allait partir la nuit vers un aéroport parisien, Orly. Filmer le départ d’un homme la nuit pour un aéroport avec l’idée de circuler la nuit dans la vie parisienne, jusqu’aux lumières de cet aéroport. Je me suis arrêté au parking. Petit anecdote en rapport avec ce tournage. Mon premier souci était de savoir si j’allais avoir besoin d’autorisations pour filmer dans le parking de l’aéroport d’Orly...

J’encadre des élèves à longueur d’année, et quand on tourne ne serait-ce qu’à la gare Montparnassse par exemple, en 15 minutes, c’est radical, on vient nous trouver. Donc je n’avais pas trop le temps de faire cette démarche de demander les autorisation et je me suis dit que j’allais voir les choses progressivement, commencer à tourner. Bien qu’il y ait eu tout un tas de contrôles comme dans tous les parkings de gare, d’aéroport, on a pu tourner, travailler très tranquillement et le seul moment où on est venu nous parler, c’était pour nous dire : vous savez, le parking ferme la nuit et vous ne pouvez plus sortir. Donc il était minuit et demi, une heure, et c’est le seul contact qu’on a eu. Ca nous a permis de faire encore quelques prises.

C’est moi qui joue le personnage. On a tourné en 2 nuits, assez rapide. Une nuit pour tout ce qui est depuis le véhicule et une nuit pour tout ce qui est circulation du personnage avant qu’il n’entre dans son véhicule.

L’utilisation de cet outil à l’avenir

C. Dixsaut

Je voudrais me mettre deux secondes dans la peau de certaines des personnes qui sont venues nous voir aujourd’hui qui ont peut-être envie de se servir du téléphone comme outil de création. Vous Christophe, quand vous vous êtes lancé, c’était avec l’envie d’explorer les capacités de lumière et le mode nocturne, vous pouvez me dire ce que vous avez trouvé, ce que vous aviez espéré et qui n’y est pas, ce que vous avez trouvé en plus et qui vous intéresse et éventuellement donner des petits tuyaux à ceux qui nous écoutent ?

C. Rollo

Je me suis posé la question de savoir si c’était un outil que je pouvais introduire dans mes cours de cinéma. J’encadre des élèves qui ont choisi l’option cinéma audiovisuel dans la série littéraire. J’enseigne dans un établissement qui propose l’option cinéma - audiovisuel. Dans cette option, il y a des écrits (note d’intention, scénario, etc...), des films au programme (qu’ils doivent préparer, analyse filmique) et une réalisation en équipe, d’un court métrage en général entre 5 et 10 minutes. Les élèves doivent écrire le scénario. Dans notre établissement, on le fait écrire en 1ère, on valide un certain nombre de scénarios pour réaliser un certain nombres de films pendant l’année de terminale, et des équipes sont constituées pour les réaliser. Je me suis posé cette question d’utiliser cet outil par rapport à l’écriture, dans ce cadre-là. Je me pose d’abord des questions par rapport à l’écriture : je me suis demandé si cet outil pouvait venir dans un cours de cinéma pour apprendre à mes élèves quelque chose par rapport à l’écriture. Cet outil en lui-même est plus accessible qu’une caméra numérique - je vais dire une évidence - avec laquelle on travaille dans ce genre d’option. Eventuellement, dans le même cadre budgétaire, je peux avoir plus de matériel qui va être individuel au lieu d’entrer dans une dynamique d’équipe. Mon boulot c’est d’enseigner le cinéma mais d’être aussi éducateur car travailler en équipe c’est jamais une évidence, qu’on soit adolescent ou dans le milieu professionnel - donc c’est une bonne expérience pour eux, mais d’un point de vue technique et pratique, avoir un outil comme ça permet d’aller beaucoup plus vite dans l’utilisation : dès qu’on a appuyé sur deux boutons, on a quand même tout de suite la possibilité de tourner.

On donne parfois aux élèves un exercice qui s’appelle tourné-monté, où on donne un thème sur lequel tourner un film. Mes élèves je leur donne par exemple le mot amour et ils vont 30-40 minutes dans la ville pour faire parler les gens sur ce thème. A partir du moment où chaque élève aurait un téléphone vidéo, ils pourraient rentrer dans une dynamique personnelle d’écriture et pour moi ce serait plus intéressant. Parce que la dynamique d’équipe, c’est un autre boulot et ça veut dire que certains vont gérer le son, etc... et chacun ne s’exerce pas dans la dynamique d’écriture. Un élève prend la question de l’écriture à son compte et effectivement certains suivent en tant que techniciens de la réalisation. C’est très intéressant, mais comme on doit se questionner pour cette option cinéma, sur cette question de l’écriture, pour moi, c’est un outil qui provoque l’écriture individuellement pour des gens qui veulent se former, On a une capacité de 55 minutes d’images de stockage. Ca veut dire que je peux leur laisser du temps, ils peuvent emmagasiner ces images. Après dès qu’on est rentré en salle de montage, même si je n’ai pas autant de postes que je voudrais pour monter, avec cet outil on va très vite pour voir ces images sur un poste. Il suffit d’avoir simplement un petit boîtier multi-cartes qu’on trouve très facilement et on peut mettre tous les types de cartes d’appareils photos numériques et dans le téléphone il y a une carte comme d’autres. On connecte ce petit boîtier, on enlève la carte mémoire et puis ça y est, ça apparaît sur le bureau de l’ordinateur comme lorsqu’on branche son appareil photo numérique. Donc on a ses images, on les met dans un logiciel - j’en citais un tout-à-l’heure - on introduit ça sur la time line et voilà on enchaîne sur lemontage... L’écriture se découpe en 3 volets : on a d’abord ses idées, on a sa tête, voire certains utilisent le papier, et puis le tournage et après le montage. Trois écritures possibles. Et dans cet enchaînement-là, en tant qu’enseignant, je trouve un appareil comme celui-ci intéressant, pour l’usage personnel, individuel de l’exercice d’écriture et pour sa fonctionnalité, sa souplesse d’utilisation.

C. Dixsaut

J’avais une question pour Héléna et Jan : maintenant que vous avez fait vos armes, que vous avez essayé pas mal de choses avec cet outil, qu’est-ce qui vous plaît le plus dans les capacités, dans les contraintes et qu’est-ce que vous allez réutiliser pour d’autres supports ?

H. Villovitch

Justement, je réfléchissais à tout ça, j’y avais pas pensé avant, en écoutant ce que disait Frédéric, qui est assez calé techniquement et Christophe qui a beaucoup réfléchi sur le sujet dans l’enseignement et tout ça, je me disais qu’en fait moi ce qui m’intéresse dans u outil tel que celui-ci, c’est plutôt les défauts de l’outil lui-même, le fait qu’on ne peut envoyer que 30 secondes de films, ça m’intéresse, ça veut dire qu’il faut imaginer une histoire qu’avec des séquences de 30 secondes, l’histoire du larsen, l’image d’une qualité un peu moyenne...

J. Peters

Un autre exemple c’est quand on bouge, par exemple quand tu arrives dans une gare, les gens sont inclinés, c’est très joli, il faut faire un film avec ça.

H. Villovitch

Dans l’avenir, les caméras vont être vraiment parfaits et nous on va récupérer les premiers ceux dont personne ne veut plus, aux puces, et on va utiliser les défauts du Nokia, du Ericsson, et on va avoir une collection de machines obsolettes.

La question du son

C. Dixsaut

Est-ce que vous pouvez me parler deux minutes du travail sur le son ? Et sur les contraintes et les défauts que vous avez rencontrés et qui sont particuliers au téléphone.

J. Peters

Oui, le son, c’est assez étonnant : il n’est vraiment pas bien, encore moins bien que sur des appareils photos numériques... Je trouve. C’est pourquoi pendant le montage, on s’était dit ça va pour l’image un peu pourri, on va garder des fenêtres petites, pas trop agrandir pour que ça ne se voit pas, mais on va quand même travailler le son. Par contre, ce qui était bien, on a piqué des sons avec, car c’est un petit appareil qui est dans la poche, on est allés dans un endroit, un musée, il y avait une super installation acoustique, je ne vais pas vous dire laquelle pour ne pas avoir de problèmes de droits, et là on a piqué pas mal de sons qu’on a utilisés.

H Villovitch

Mais ça c’est vrai aussi pour l’image qui n’est pas très bien définie, dans notre film, on a remixé des oeuvres d’art, on ne dit pas lesquelles pour ne pas être attaqués par les artistes, et tant au niveau de l’image qu’au niveau du son, on a utilisé des oeuvres d’art. On n’y avait pas pensé avant, ça nous a amusé pas mal.

Conclusion

C. Dixsaut

On va bientôt conclure. Souhaitez-vous apporter quelque chose sur votre pratique professionnelle de création ou Frédéric sur des aspects techniques que je n’aurais pas soulevé ?

F. Monéger

Plus que sur des aspects techniques, ce que je proposerais comme conclusion, c’est qu’on cherche à chaque fois à remettre le téléphone mobile à sa place. Effectivement, comme le disait Christophe tout-à-l’heure, le téléphone mobile ne sera jamais une caméra DV, ne serait-ce que parce que ça reste un téléphone mobile, donc il vous le faut dans la poche et ça serait difficile d’avoir un téléphone mobile de la taille d’une caméra DV même si elles se sont extrêmement miniaturisées, par contre c’est vrai que ça se présente comme un écran de télé un peu particulier. La première démonstration qu’on a à faire, c’est de proposer les programmes qu’on regarde tous par ailleurs...

Plus dans une démarche après de création, d’adaptation qui est propre à cet écran-là, c’est de voir ce qu’il se passe par exemple en Angleterre, avec la façon dont la série 24 h chrono qu’on regarde sur la télé a connu une adaptation particulière qui dure 24 minutes, c’est le symbole des 24, et qui a été tourné et n’est diffusé que sur téléphone mobile. Là pour le coup il y a la prise en compte de cet écran particulier comme prolongement d’un exercice qui est plus conventionnel, à savoir d’une série à la télé, même si celle-là a sans doute bousculé quelques canons dans son domaine.

C. Dixsaut

Merci aux participants. Je voulais rappeler que dans le cadre du festival il existe des ateliers de montage et de tournage qui vous permettent de vous amuser avec vos téléphones, qu’il existe également 4 personnes qui sont équipées de téléphones armés de vidéo avec lesquels vous pouvez tourner. Que vous pouvez également aller tourner dans le Art Center qui est à l’intérieur du festival, donc filmer des sujets que vous ne trouverez pas ailleurs et vous pouvez envoyer vos réalisations par mail et concourir pour le prix du festival qui est organisé en ce moment et le prix qui sera décerné sera un téléphone portable muni de la vidéo.

Merci infiniment à tous nos invités, à bientôt, bonne projection, bon festival.