L’image amateur

// Réflexions

Depuis quelques années, les images amateur ont pris place à la télévision, dans les médias et sur internet aux côtés d’images réalisées par des professionnels.


Les images qualifiées habituellement d’images amateur sont des images techniquement non maîtrisées, le plus souvent prises sur le vif, sans recul sur l’événement ou la scène captée. Auparavant destinées à être vues à l’intérieur de la sphère privée, ces images ont gagné en visibilité. De l’image amateur réalisée dans un contexte familial, où l’acte de filmer participe à la cohésion de l’entourage proche, on passe à une image amateur plus impersonnelle, qui perd cette fonction de lien.

La télévision utilise ce type d’image dite amateur car celle-ci véhicule du sensationnel, de l’authenticité. L’amateur est ainsi présenté comme le témoin involontaire, maladroit et impuissant d’une catastrophe, d’un fait divers ou d’un acte terroriste.

Dans ce contexte, l’image amateur est définie par opposition à l’image professionnelle, construite et maîtrisée. Cette approche conduit à une dévalorisation de l’image amateur dont la caractéristique première serait sa mauvaise qualité.


L’accès démocratisé aux nouvelles technologies de l’image permet aussi l’émergence de nouvelles pratiques amateur, mais « amateur » au sens de celui qui aime. D’ailleurs, ce terme ne désigne t-il pas avant tout celui qui s’adonne à une pratique par goût pour celle-ci plutôt qu’un observateur passif ?

L’apparition d’objets à bas prix qui rassemblent les fonctions de réception, de production et d’émission rend possible un nouveau rapport à l’image. L’amateur devient celui qui va exploiter ces possibilités dans un but créatif. Le téléphone mobile vidéo illustre parfaitement ces nouvelles potentialités. Pour Bernard Stiegler, philosophe et chercheur spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information, le téléphone « devient une sorte d’instrument, en réseau avec d’autres instruments et avec d’autres praticiens. ». Il ne s’agit donc plus d’utiliser le téléphone mobile mais de se l’approprier, de le pratiquer. Cette nouvelle pratique amateur se développe autour des notions d’échange et de flux. Ainsi, l’amateur est au centre d’une expérience collective. Selon Jean-Louis Weissberg (Paris XIII), ces nouvelles technologies « dessinent des perspectives intermédiaires entre consultations, conservations, citations, collages, émissions de liens et création originale de contenus. » L’amateur développe une pratique personnelle et subjective selon ses envies.

Même s’il gagne en compétence, l’amateur se distingue du professionnel car il ne possède pas la maîtrise des savoirs liés à la production de l’image. Il est plus proche du créateur ou de l’auteur. Cette nouvelle vision de l’amateur permet une revalorisation des productions de celui-ci et le place au centre d’une dynamique d’émulation créative.

Caroline Delieutraz