Réalisateur cherche expériences... - Entretien avec Olivier Ducastel

// Entretiens

Olivier Ducastel s’était déjà interrogé lors de la première édition du Festival Pocket Films sur le téléphone mobile vidéo, en tant que président du jury. C’est aujourd’hui en qualité de réalisateur qu’il s’approprie l’objet à son tour et explore cette forme de création. Il nous propose ainsi son premier film de poche, « Quelques amis », et nous livre ses impressions.


Qu’avez-vous retenu de votre expérience à Pocket Films en 2005 ?
Olivier Ducastel : On avait surtout remarqué qu’il y avait deux types de réalisateurs. Les amateurs ont proposé des fictions classiques, des courts métrages avec des chutes tandis que les plasticiens ou vidéastes ont profité de la spécificité du téléphone pour produire des objets très différents. L’autre particularité était la taille des images diffusées. À l’époque les images étant très légères, certains souhaitaient voir projeter sur grand écran une image très petite mais de bonne qualité alors que d’autres les ont proposées extrêmement agrandies mettant ainsi en valeur les défauts et faisant ressortir les pixels, donnant un côté fantomatique à l’image. La solution intermédiaire qui renvoie aux travaux de vidéastes consiste à avoir recours aux multi-écrans, en multipliant une petite image pour produire une grande image de bonne qualité. Cet écran multiple renvoie à la peinture contemporaine ou aux artistes comme Andy Warhol.


Aujourd’hui la qualité de l’image est bien meilleure.
O. D. :
Oui, elle est quasiment aussi bonne que celle des DV il y a quelques années. Si on faisait Ma vraie vie à Rouen aujourd’hui, l’adolescent filmerait avec un téléphone portable plutôt qu’avec un caméscope car ça serait plus en adéquation avec le personnage.


Quelle est la spécificité de cet outil ?
O. D. :
J’ai compris en tournant que ces images sont >avant tout réalisées pour être envoyées. On enregistre et on diffuse immédiatement. C’est ce qu’on voit sur Internet avec par exemple Youtube qui propose des images documentaires faites à partir de téléphones. Prenez l’exemple des incidents rue Rampal, devant l’école du XIXe arrondissement. Le téléphone portable devient un objet de vigilance citoyenne, un objet témoin.


Comment avez-vous élaboré votre film Quelques amis ?
O. D. :
J’avais imaginé une histoire d’amour entre deux personnes qui n’habitant pas dans la même ville, s’envoient des messages par téléphone. Je n’ai pas pu le réaliser faute de temps alors j’ai proposé à la place une sorte de carnet de croquis. Je sortais le téléphone de ma poche quand je voyais quelque chose d’amusant, tout en gardant à l’esprit le fil rouge lié au fait que Jacques Martineau ne voulait pas être filmé. L’écriture s’est faite au moment du montage, à partir d’une heure de rush. J’avais systématiquement éliminé les prises ratées, les travellings circulaires, les panoramiques. J’ai tenté d’explorer plusieurs pistes : le documentaire à l’occasion d’un meeting politique, un tournage pendant une fête d’anniversaire. Mais cela n’a fonctionné ni au niveau du son, ni au niveau de l’image. Je n’ai sans doute pas été assez intrusif avec les gens, j’aurais dû faire des portraits. C’est assez étonnant car ce petit format supporte très bien les portraits et les gros plans tout comme les plans très très larges, comme celui où Jacques est perdu au fond de la plage, très loin, dans son ciré jaune. On le voit très bien. Dans Ma vraie vie à Rouen on avait été surpris par le plan dans la patinoire où il fait des pirouettes au fond. Ça rendait bien. Par contre, les plans en pied, les plans larges et les scènes de groupes ne sont pas du tout adaptés à cette taille de capture d’images.


Cette expérience a t-elle suscité de nouvelles envies ?
O. D. :
Oui, comme tourner avec des acteurs, en mettant en place un petit dispositif fictionnel, ou plutôt des canevas d’impro. Une autre idée serait de s’inspirer du dispositif de la ronde, c’est-à-dire de suivre l’histoire d’un téléphone qui passe de mains en mains pour des raisons très diverses (la perte, le vol, le don). Cela pourrait finir par faire un portrait de famille. C’est le côté journal, très intime qui m’attire. Si j’étais un jeune adolescent aujourd’hui, plutôt que d’essayer désespérément de faire un film en 16 mm, d’investir toutes mes économies, j’aurais envie de tourner avec un téléphone. C’est beaucoup plus léger, plus accessible, moins onéreux que le super 8 il y a 30 ans. C’est sans comparaison.


Olivier Ducastel (Photo Laurent Edeline)


Lire la rencontre avec Olivier Ducastel lors de l’édition 2009.